martes, 8 de abril de 2014

La Linguistique


Si les analyses linguistiques de Benveniste le mènent néanmoins si près de la philosophie, c’est en raison de la place centrale qu’occupe chez lui le problème de la signification  Voir à ce propos le texte fondateur de Julia KRISTEVA,... [ . Partant de la définition du signe linguistique chez Saussure comme l’articulation d’un signifiant et d’un signifié, Benveniste avait remarqué très tôt, dans son étude de 1939 sur la « Nature du signe linguistique »  I, 49-55.  , que cette conception du signe comme association d’une image acoustique et d’un concept ne tient pas compte du rapport du langage à la réalité extérieure, c’est-à-dire à ce qu’il appellera plus tard son « référent »  II, 226.  . Dans son article de 1939, Benveniste défend encore l’idée selon laquelle la fameuse formule de Saussure sur l’« arbitraire du signe » ne concerne en vérité que la relation entre le signe et l’objet extérieur qu’il désigne, mais non pas la relation entre le signifiant (l’image acoustique) et le signifié (le concept), qui est entièrement nécessaire à l’intérieur du système du langage, où « toutes les valeurs sont d’opposition et ne se définissent que par la différence »[6]  .  . Vingt-sept ans plus tard, dans son étude sur « La forme et lsens dans le langage »[7]   , Benveniste reviendra sur le problème de la signification, en le faisant porter cette fois, par-delà l’opposition saussurienne du signifiant et du signifié, à une tentative de compréhension générale de l’« être même du langage »[8]  II, 217.  . En parlant ici de son objet en termes d’ontologie, Benveniste est sans nul doute beaucoup plus près d’une métaphysique du langage qu’il n’aimerait en convenir. Or, l’essence du langage, nous dit-il ici, est précisément de signifier : « tel est son caractère primordial, sa vocation originelle qui transcende et explique toutes les fonctions qu’il assure dans le milieu humain »[9]  Ibid. . Sa fonction ne se limite pas à la communication, car « bien avant de communiquer, le langage sert à vivre »[10]  Ibid.  . Par essence même, le langage est porteur de signification, et c’est pourquoi il représente le médium à travers lequel l’homme donne un sens au monde. Mais, pour Benveniste, le langage n’est pas pour l’homme un moyen parmi d’autres de doter de signification la réalité qui l’entoure; il est la signification même, et il n’y a pas d’autre possibilité de signifier qu’à travers le langage. « Le langage est l’activité signifiante par excellence, écrit-il, l’image même de ce que peut être la signification »[11]  II, 218.  . C’est pourquoi la question de l’origine du langage, qui avait tant préoccupé les philosophes du XVIIIe siècle, n’a pour lui aucun sens : le langage est aussi ancien, ou aussi primordial, que la signification elle-même, et l’on ne saurait imaginer un homme qui ne posséderait pas la faculté fondamentale de donner un sens aux choses, c’est-à-dire de parler : « Nous n’atteignons jamais l’homme séparé du langage et nous ne le voyons jamais l’inventant. [...] C’est un homme parlant que nous trouvons dans le monde, un homme parlant à un autre homme, et le langage enseigne la définition même de l’homme »[12]  I, 259. .

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